Aux origines du tourisme

Pourquoi voyage-t-on ? Depuis quand ? Qu’est-ce que cela révèle sur nos sociétés ? 

Ce sont des questions qui m’ont suivi dès que j’ai commencé à m’intéresser sérieusement au tourisme. Et plus j’avançais, plus je réalisais qu’y répondre exige de croiser les regards : histoire, psychologie, société, économie…

Pour apporter des premiers éléments de réponses, nous allons explorer dans cet article ce que l’histoire nous apprend.

Les premières formes de voyages

Les premières formes de voyage apparaissent dans l’Antiquité. Par exemple, chez les grecs, les Jeux Olympiques attiraient des spectateurs venus de l’ensemble du monde hellénique. Les Romains à leur tour se déplacent pour le loisir, principalement pour se rendre à des thermes lointains et sociabiliser.

Au Moyen Âge, c’est les pèlerinages religieux qui dominent. Des destinations comme Saint-Jacques-de-Compostelle deviennent des lieux de convergence pour des milliers de fidèles.

Puis la Renaissance amène les artistes à partir à la recherche des savoirs antiques, le voyage devient une quête culturelle, prémisse d’une nouvelle pratique.

Peinture d’un groupe de pélerins au Moyen-Âge

Le Grand Tour (XVIe – XVIIIe siècles)

À partir du XVIe siècle, les jeunes aristocrates, destinés à compléter leur éducation, réalisent un voyage initiatique visant à découvrir les grandes villes et les trésors culturels. ils se rendent à Florence, Rome, Naples ou encore Paris.

La pratique se développe en Angleterre, puis à l’échelle de l’Europe de l’ouest. Des écrivains célèbres, comme Goethe, participent à ce phénomène, contribuant à en faire une véritable mode.

Le Grand Tour bénéficie également des progrès technologiques et organisationnels. Des itinéraires bien définis, des infrastructures hôtelières et des guides de voyages se développent.

Jean-Didier Urbain, anthropologue du tourisme, qualifie cette forme du tourisme comme étant de nature humaniste, à visée pédagogique et didactique, on voyage pour apprendre.

L’écrivain Goethe durant son “Grand Tour”

Le XIXe siècle : la révolution industrielle et l’essor du tourisme moderne

Avec la Révolution industrielle, le tourisme connaît une démocratisation progressive. L’avènement des chemins de fer et des bateaux à vapeur rendent les voyages accessibles. En 1841, Thomas Cook, considéré comme le père du tourisme moderne, organise son premier voyage en groupe, une excursion en train entre Leicester et Loughborough, c’est une révolution sociétale.

L’arrivée de cette nouvelle forme de tourisme est corrélée avec la forte hausse de l’urbanisation. Le voyage est alors un moyen de fuir l’atmosphère stressante des villes.

Les Alpes sont plébiscitées par les artistes romantiques, à la recherche de paysages et de nature. Les stations balnéaires comme Nice ou Biarritz sont popularisées par les bienfaits supposés de l’air marin. On assiste alors à deux nouvelles natures du tourisme :

  • D’abord hygiénique, à fonction curative et thérapeutique, on voyage pour sa santé
  • Puis hédoniste, à fonction divertissante et reposante, on voyage pour son plaisir

Illustration du premier voyage de Thomas Cook, 1841

Le XXe siècle : du tourisme élitaire au tourisme de masse

Les voyages du XIXe siècle étaient encore réservés à une minorité. Après la Première Guerre mondiale, l’essor des congés payés en 1936 ouvre les portes du tourisme aux classes populaires. La société se transforme, les notions de temps libre et de loisir se démocratisent. Le voyage est alors une forme d’activité qui répond à cette disponibilité.

L’expansion continue pendant les 30 glorieuses, les littoraux du Languedoc, de l’Aquitaine et les stations des Alpes sont aménagés pour accueillir davantage de vacanciers, c’est le début du tourisme de masse.

Au niveau mondial, l’apparition des compagnies aériennes commerciales inaugure l’ère du tourisme international. Des territoires éloignés et exotiques comme les Caraïbes ou l’Asie du Sud-Est deviennent accessibles à un plus grand nombre.

Le tourisme devient un secteur économique à part entière, en témoigne la naissance de l’Organisation mondiale du tourisme (OMT) en 1975.

Photographie des premières vacances suite aux congés payés

Le Tourisme au XXIe siècle : défis et opportunités

Au XXIe siècle, le tourisme est devenu une industrie mondiale majeure, générant près de 10 % du PIB mondial. La facilité à prendre l’avion augmente les flux de voyageur, la taille de la clientèle étrangère à visiter la France est en hausse. Néanmoins, ces trafics aériens sont un grand facteur de pollution, ce qui fait du tourisme une des causes du réchauffement climatique.

L’émergence des plateformes numériques, comme Airbnb ou Booking, a bouleversé les modèles traditionnels. L’organisation des voyages est devenue plus accessible, elle ne dépend plus des agences et des guides de voyages. Cette transformation est un enjeu majeur pour les acteurs du secteur.

Cette flexibilité offre des formes de voyage de plus en plus diversifiées, faisant du tourisme un secteur très complexe à pleinement apprécier. C’est pourquoi, à travers mes recherches et réflexions, je me suis fixé cette mission que je partagerai sur ce blog : comprendre le tourisme.

Ce qu’il faut retenir

  • Le tourisme actuel est un héritage des formes de tourisme passées : humaniste, hygiénique et hédoniste.
  • Le tourisme s’est démocratisé avec les notions de loisirs et de temps libre au cœur du modèle sociétal.
  • De tout temps, les changements majeurs du tourisme sont liés aux évolutions technologiques des transports.
  • Le tourisme moderne est né avec l’apparition des grandes villes, les urbains sont les principaux voyageurs.
  • L’essor d’internet a permis aux visiteurs d’être beaucoup plus autonomes, c’est un bouleversement pour le marché du voyage.

Sources

Pourquoi on a commencé à voyager ? | L’Histoire nous le dira # 15

Sociologie du tourisme, Sakia Cousin, Bertrand Réau, 2009

L’envie du monde, Jean-Didier Urbain, 2011